Les séries d’Épreuves de l’Inventaire

Les séries d’Épreuves de l’Inventaire

Les Épreuves d’équivalence : le double de l’Inventaire

« Tiens donc ! Parce que l’inventaire a un double ! ai-je dit.
— Oui, a dit Alexandre-Principe. La règle veut que chaque épreuve de l’Inventaire soit doublée par un texte présenté comme son équivalent, lequel est  à son tour répertorié dans l’Inventaire. Cette pratique était déjà bien établie, mais elle est devenue systématique après l’incendie du château de Roquepine (en juin 2008) et le quasi anéantissement d’une vie de travail. Depuis lors, ces équivalents peuvent être considérés comme des sortes de renaissances, des épreuves de remplacement…
— Et qui ne peuvent cependant rien dire d’autre, ai-je dit, que l’absence de ce qu’elles remplacent. »

Les Épreuves du rien, Épreuves d’ennui

« Le rien ! vaste programme, ai-je dit.
— Vous l’avez dit, a dit Alexandre-Principe. Pour faire du rien, pour le dessiner, il s’agit de recouvrir inlassablement la feuille – et certaines feuilles mesurent plusieurs mètres de surface, sans laisser apparaître le moindre blanc du papier ni rien représenter de particulier. Trente années d’un travail….
— Ennuyeux, ai-je dit.
— … d’un travail, disais-je, a dit Alexandre-Principe, qui n’est même plus destiné à être montré, mais à être enfermé dans des caissons d’acier inviolables ou dans des caisses de bois scellées, portant simplement les numéros d’inventaire, les formats et les titres des épreuves concernées.
— Ennuyeux, pour des œuvres, ai-je dit.
— Mais il vous sera toujours possible de voir sur les murs entourant ces caisses, les numéros marquant les emplacements où elles auraient pu avoir été exposées, a dit Alexandre-Principe.
— Comme cela, si je comprend bien, ai-je dit, je pourrai les voir doublement absentes. »

Épreuves d’oubli

« L’oubli conduit au rien, ai-je dit. Qu’est-ce qui différencie ces Épreuves avec celles du rien ?
— Peu de chose, a dit Alexandre-Principe : les Épreuves d’oubli  sont des dessins exécutés sur des pages de textes manuscrits. Ils consistent à recouvrir de lignes, de formes et de figures, la totalité des blancs laissés par l’écriture. Ce recouvrement rend le texte quasiment illisible, alors même qu’il se contraint à ne le toucher jamais !
— Et c’est ainsi que, découragé, on finit par l’oublier ? ai-je dit.
— C’est cela, a dit Alexandre-Principe. »

Épreuves doubles d’oubli

« Des épreuves doubles ? Alors là, Principe, je ne vois pas, ai-je dit.
— Ces épreuves, sont des textes écrits deux fois. Ils sont mis côte à côte (selon le dispositif des images stéréoscopiques) et transformés par permutations et échanges de lettres, de telle sorte que le regard obligé à d’incessants va-et-vient pour rétablir le texte initial absent…
— … Finit par l’oublier ? ai-je dit.
— C’est cela, a dit Alexandre-Principe. »

Épreuves potentielles (scénarios) 

« Là, je vois, ai-je dit. Notre auteur écrit des scénarios qui peuvent donner lieu à des épreuves.
— Autrement dit, a dit Alexandre-Principe, les scénarios sont en quelque sorte des épreuves d’équivalence par anticipation : à l’inverse des œuvres picturales qui génèrent leurs équivalents littéraires, les scénarios sont des œuvres littéraires brèves qui peuvent être actualisés par quiconque en tant qu’œuvres picturales. »

Œuvres d’autres

« Œuvres, voilà du nouveau, ai-je dit, on abandonne donc le terme  d’épreuve ?
— Il n’y a pas lieu de le maintenir puisqu’il ne s’agit plus de notre auteur, mais d’autres. Les « autres » sont des écrivains. Leurs “œuvres” sont des citations extraites de leurs romans. Elles parlent notamment de peintures qu’on ne voit pas.
— Forcément, ai-je dit, puisque ce sont des mots de romanciers qui les parlent.
— Des romanciers derrière lesquels notre auteur disparaît.
— “Disparaît”, j’allais le dire, ai-je dit. »

Œuvres inexistantes

« Des œuvres qui n’existent pas, je voudrais voir ça, ai-je dit.
— C’est plus évident qu’il n’y paraît, a dit Alexandre-Principe : cette catégorie d’épreuves matérialise, selon divers modes de présentation, des emplacements pour des œuvres dont on ignore tout, excepté leurs numéros. (Œuvres disparues… œuvres n’ayant jamais existé… œuvres à installer dans un futur qui n’aura jamais lieu…)
— Et il se trouve des gogos pour acheter de ces œuvres ?
— Oui, on achète un certificat, a dit Alexandre-Principe. Le certificat porte les numéros des œuvres vendues, les prescriptions nécessaires à leur installation éventuelle et la garantie de l’authenticité…
— De l’authenticité de leur inexistence, ai-je dit. Bravo ! »